Les Palestiniens votent aux municipales, premier scrutin depuis Gaza

People participating in voting at an indoor election office with diverse representation.Photo : Edmond Dantès / Pexels

Le scrutin municipal palestinien qui s’est ouvert samedi marque une rupture symbolique. Pour la première fois depuis le début de la guerre déclenchée en octobre 2023 dans la bande de Gaza, les électeurs des Territoires sont conviés aux urnes. L’opération concerne plusieurs localités du centre de l’enclave côtière et l’ensemble de la Cisjordanie occupée, où plus de deux millions d’inscrits figurent sur les listes électorales. Aucun bureau n’a en revanche été ouvert dans le nord ni dans le sud de Gaza, zones les plus durement affectées par les combats.

Un scrutin local sous tutelle politique du Fatah

La compétition se déroule sous une domination quasi exclusive du Fatah, formation historique du président Mahmoud Abbas, qui contrôle l’Autorité palestinienne depuis Ramallah. Selon les éléments disponibles, la plupart des listes en lice se réclament directement de ce mouvement ou s’inscrivent dans son orbite. À l’inverse, aucune liste ne revendique son appartenance au Hamas, le mouvement islamiste rival, qui n’a pas pris part au processus. Cette absence reflète à la fois le rapport de forces installé depuis 2007 entre les deux factions et l’effacement, voire la mise hors-jeu, des structures politiques affiliées au Hamas en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023.

Le rendez-vous reste donc avant tout une consultation locale, centrée sur la gestion communale, le ramassage des déchets, l’eau, l’urbanisme ou la voirie. Mais sa portée politique dépasse largement ce périmètre administratif. Pour Mahmoud Abbas, qui dirige sans légitimité électorale renouvelée depuis des années, le scrutin offre un outil de re-légitimation auprès d’une opinion fragilisée par deux ans de guerre, par les opérations militaires israéliennes répétées en Cisjordanie et par l’expansion continue des colonies.

Une géographie électorale tronquée par la guerre

La carte du vote dit beaucoup de l’état réel des Territoires. À Gaza, seules certaines municipalités du centre, jugées suffisamment stables sur le plan sécuritaire, accueillent des bureaux. Le nord de l’enclave, en grande partie détruit, et le sud, où la population déplacée s’entasse, restent à l’écart du processus. Cette géographie tronquée illustre l’impossibilité, pour l’Autorité palestinienne, d’organiser un véritable scrutin pan-territorial tant que le conflit n’est pas refermé et que la question de la gouvernance post-guerre de Gaza n’est pas tranchée.

En Cisjordanie, le contexte n’est guère plus apaisé. Les opérations militaires israéliennes, les bouclages, les restrictions de circulation et la pression des colons modifient la routine électorale. Le scrutin n’en demeure pas moins le seul exercice démocratique régulier dont disposent encore les Palestiniens, à défaut d’élections législatives ou présidentielles. Les dernières consultations de cette nature, prévues en 2021, avaient été reportées sine die par Mahmoud Abbas, officiellement en raison du refus israélien d’y inclure Jérusalem-Est.

Un signal envoyé aux partenaires régionaux et internationaux

Au-delà des urnes, le vote de samedi s’adresse aussi aux capitales arabes et aux chancelleries occidentales. Plusieurs partenaires de Ramallah, à commencer par l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, l’Union européenne et les États-Unis, conditionnent leur soutien financier et politique à des signes tangibles de réforme et de renouvellement de l’Autorité palestinienne. La tenue d’un scrutin, même limité, fournit un argument à Mahmoud Abbas dans les discussions sur le futur statut de Gaza et sur la place que l’Autorité pourrait y occuper après le retrait d’Israël.

Reste à mesurer la participation, indicateur clé de la crédibilité du processus. Une faible mobilisation viendrait souligner la fatigue d’un corps électoral confronté à l’absence d’alternative politique structurée, à la disparition de fait du débat pluraliste et à l’urgence humanitaire. Une affluence supérieure aux attentes, à l’inverse, donnerait un poids inattendu au pari institutionnel de Ramallah. Concrètement, le Fatah jouera autant sa survie organisationnelle que la capacité de l’Autorité à projeter une image de continuité étatique dans un environnement régional bouleversé par l’après-7 octobre.

Selon France 24 Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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